News de la Pêche Normande

dim 24 juin 07

..:: Chronique N°62 - 04/11/2006 ::..



Après les présidentielles, on peut légitimement se demander quelle sera l'attitude du nouveau gouvernement vis à vis de ces 17 000 hommes, marins à la pêche. Beaucoup pensent et le disent maintenant ouvertement que malheureusement la pêche se sortira de la spirale, manque de ressource et GO trop cher, par des coupes franches dans la flottille. Moins de marins, qui auront alors un peu plus de poissons. C'est logique, en faisant attention que cette politique de la chaise vide n'attire pas alors d'autres flottilles limitrophes aux aguets.

Il va falloir aussi convaincre en interne, car moins de bateaux, c'est aussi moins d'équipements portuaires, moins de débarques, moins de services, moins pour les organisations professionnels. C'est le train de vie de toute une petite population qui gravite autour des bateaux qui va en pâtir. Existe-t-il d'autres solutions ? L'Europe veut restaurer les ressources halieutiques, coûte que coûte. Les Etats Membres ont signé. Les marges de manoeuvre sont donc faibles, surtout que beaucoup de pêcheries souffrent effectivement d'un manque cruel de ressource.

A l'image du cabillaud, toujours pas de retour à Terre Neuve après 14 ans de fermeture (cf. l'excellent reportage d'Envoyé Spécial), je me demande s'il n'est pas déjà trop tard.

La citation : Lorsqu'une oeuvre semble en avance sur son époque, c'est simplement que son époque est en retard sur elle. Jean Cocteau, Le rappel à l'ordre, 1926

sam 16 juin 07

Quels rapports entre le nouveau gouvernement, la pêche et la visite d’une députée européenne ?



Quelle place pour la pêche dans le nouveau gouvernement ?

Coincé entre un Ministère de l’Agriculture et de la Pêche sous la responsabilité de Christine Lagarde et le Super Ministère de l’Environnement du démissionnaire Juppé, je doute que l’avenir des pêcheurs soit une priorité. Ne va-t-on plus simplement sacrifier la pêche sur l’autel de la grande Ecologie pour satisfaire les bien-pensants bobos qui préfèrent le tilapia d’élevage et le no-catch aux poissons sauvages de pêche, symboles de la surexploitation des océans ?
http://www.nocatch.co.uk/index.aspv

On nous dit que Mme la Ministre ne mangerait que du blanc de poulet, quelle tristesse pour l’agriculture, la biodiversité et la gastronomie française… Bon tout ça ce sont des rumeurs, puisqu’on nous avait dit aussi que Sarko était à la barre d’un bateau sec, comprenez que le petit trou situé sous son nez ne lui cause aucun tord, plus simplement que, tel un islamiste l’alcool, il répugne. Mensonge, puisqu’à la 1ère entrevue avec Poutine, il ressort tout ému d’avoir fêté sa récente élection. Bravo camarade Vladimir tu as révélé au monde entier les travers de notre Président jet setter. Heureusement qu’il n’a pas pris le volant…Un coup à se retrouver à l’ombre avec Paris Hilton :
http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/260513.FR.php?rss=true

Quoi qu’il en soit, je reste inquiet. Inquiet non parce que nos politiques se contrefoutent de la pêche, secteur économique trop petit, 17 000 marins, mais parce que au sein même de nos organisations la reconnaissance d’un vrai problème de ressource n’est toujours pas acquise. J’ai pu le constaté, il y a seulement quelques jours, le sujet de la ressource reste tabou dans la profession ! Cet aveuglement, cette obstination à vouloir nier que les mers se vident, me révolte.



Pour la coquille de Manche Est on peut connaitre une bonne année tous les 10 ans, c'est à peu près ce que l'on entrevoit après 30 ans de suivi, donc 3 fois dans sa carrière, le coquillard connaitra le nirvana…Un armateur prétendait, qu’il n’y avait pas moins de poisson, mais que les poissons étaient devenus plus intelligents et évitaient ainsi les chaluts. Quant aux pêcheurs ils seraient devenus fainéants puisqu’ils aspirent à passer le weekend en famille.

Un vieux président nous a expliqué que tout cela était cyclique, le cabillaud par exemple, la dernière bonne année date de 15 ans. Il y a bien eu un pic de production en 1999 mais il a été « siphonné » dixit Ifremer en 6 mois. On peut donc considérer qu’un pêcheur connaitra une bonne année de cabillaud 2 fois dans sa carrière, sauf extinction de l’espèce…Puisque ces mêmes scientifiques constatent que la biomasse du stock de cab de la Manche et Mer du Nord n’est constitué que de 2% d’adultes !

La palme revient à un directeur d’OP, dont je tairai le nom ;o)), ce brave homme nous insinue que tout cela est faux, puisqu’on voit très bien que les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux sur le diagnostic et aussi « ce n’est pas qu’il y a moins de poissons, c’est surtout que les pêcheurs se détournent de certaines espèces ». Je rêve ! Je crois que l’on trouve plus facilement de grands scientifiques, comme Claude Allègre, pour douter du réchauffement de la planète que d’halieutes pour douter de la raréfaction de la ressource !



Alors qu’en pense Mme Marie Noëlle Linnemann ? Marie, députée européenne et ancienne ministre du logement, est venue soutenir une candidate PS battue d’avance.
Entre 2 séances de photos pathétiques avec des militants socialistes de la 1ère heure, celle de Jaurès et en l’absence de femmes de pêcheurs qui ont eu, par leur seule présence, « peur de nuire à leurs maris »…Elle a embarqué à bord du Sauvage pour me dire qu’elle était de la région, bien.
Et, en charge des problèmes d’environnement littoral et de ressources, très bien.
Les Etats membres de la vieille Europe ont donc pris l’engagement de remettre en état littoral et ressource, parfait. Quel le niveau 0 ? Là je n’ai pas bien compris. Le discours de la dame est très bien rodé, sans faille et à flot continu sans avoir à regarder son interlocuteur, elle m’a donc expliqué que vont être créés des « parcs naturels », « des réserves », des AMP, pas une attitude mentale positive, mais des aires marines protégées, comme ça la nature va retrouver ses droits, ambitieux ! D’ailleurs dans ces enclos débordants de vie, poissons et coquilles vont grouiller et prospérer au point de coloniser les zones non protégées pour le plus grand bonheur de pêcheurs qui verront pour une fois la ressource en augmentation. L’Europe se donne 20 ans, puisque la dernière fois que l’océan a débordé de poisson c’était après guerre, on peut donc espérer qu’une génération sur deux de pêcheurs verra peut-être une embellie.
Elle n’est pas belle la vie…



le marin et Port en Vase

le marin est donc devenu "l'hebdomadaire de l'economie maritime", exit la peche. Nouveau logo, nouveau sous titre. L'activité ancestrale des océans est mise en arrière-plan, honneur à la toute puissante économie capitalistique, celle des grands groupes, armements, etc.... En effet, je considère que la pêche artisanale est une économie sociale, même si les marins ne sont pas propriétaires de l'outil. L'activité économique de la filière pêche dépasse largement le cadre d'une simple activité économique, elle est "l'agriculture du littoral", structurante et indispensable à l'identité de l'espace côtier.

Ph. Laurent@Nice

Changement de rédacteur en chef également, que je félicite au passage !
D'ailleurs un souffle nouveau est apparu dans le contenu, pas dans la mise en page toujours aussi bordélique, puisque bien souvent la pêche et ses brèves sont éparpillées un peu partout. le marin est devenu, le Gala, le Voici, le Paris Match des pontons ! On ne parle plus que de la grande plaisance. Tout à commencer avec le yacht d'emprunt de M. le Présient de la République, dont le marin a publié en dos de couverture une photo, mais sans l'invité. Après c'est en couverture que se sont étalés les yachts pour des clients toujours inconnus...Aménagements de nouveaux équipements portuaires par ci, lancement d'unités haut de gamme par là, nouvelles de Monaco, la "grande plaisance" qui se finance avec des capitaux défiscalisés et bat pavillon Cayman Island, s'affiche sans retenue dans le marin, qui peut enfin faire écho, sans complexe, du patrimoine de ses financiers, du retour de Johnny à St Trop... Place aux riches industriels, exit les pauvres pêcheurs, vive l'économie de marché, vive le bouclier fiscal, vive la France qui gagne se lève tôt le matin pour gagner...Enfin vous connaissez le discours !

Ph. Laurent@Nice

Pendant ce temps à Port en Bessin on est toujours dans la vase. Depuis des années le draguage n'a toujours pas été fait. Le port est sous la tutelle du Conseil Général qui a fait preuve d'un grand laxisme dans cette affaire. Dans le Calvados, la mer c'est en priorité les plages du Débarquement, les Musées, les chars à voile, les chevaux et les planches de Deauville. Il y a quelques années, alors que j'avais prévenu la coopérative, qui s'occupe des carénages, de mettre en oeuvre des retenues pour les eaux de lavage et un "impôt vert" pour faire face au nouvelles contraintes environnementales, on s'est aperçu qu'on ne pouvait plus rejeter les vases polluées en mer.
Patatras nous voilà partit pour plusieurs années d'études et de scénarios...Il faut étendre les vases à terre, un champ est trouvé, un pêcheur riverain se plaind des nuisances, le propriétaire indélicat double son prix de location, on recommence...On retouve un champ, voilà que l'appel d'offre est contesté au Tribunal de Caen, rebole....Alors que tout semblait bouclé avec l'annonce du chantier pour la mi juillet, nos braves commerçants portais, sous la houlette du proprio de notre resto étoilé s'en vont déposer en Mairie une petition pour différer le draguage nuisible aux touristes... Meme un mareyeur signe...Ces braves gens oublient-ils un peu vite que la pêche les fait encore vivre en partie ? Belle solidarité !
Qui se soucie de la hantise des patrons d'engager leurs hélices ou boucher les crépines, qui se soucie qu'un chariot élévateur est inutilisable depuis 3 ans, qui se soucie que seule la moitié du quai de la criée est utilisable et seulement par grands coeff...

Le tourisme avance, la pêche recule. Formule facile, mais depuis que Port en Bessin est rentré dans l'Intercom de Bayeux les choses s'accélèrent. D'abord les aménagements d'un circuit touristique on largement empiétait sur le domaine maritime et les quais, empechant leur utilisation notamment pour le stockage provisoire de filets. Ensuite c'est l'aménagement des quais du 1er bassin où la voie privative promise pour les pros n'a jamais vu le jour, l'aménagement interdisant tout accès près des bateaux en voitures, tout chargement de glace ou d'engins de pêche. Un hotel est en "construction du bord d'amont", les boutiques des produits régionaux poussent comme des chmapignons, chacun veut son "Gosselin" local, des anneaux dans l'avant port sont prévus. Il est même rappelé dans une note interne de louer ces anneaux à des résidents hors régions qui dépensent beaucoup plus d'argent à la journée que les locaux...
Portaises, portais, réveillez vous, on vous expulse, on vous spolie, l'immobilier flambe, la ville se désertifie de ses forces vives, les marins, pour laisser la place aux horsins et retraités, la grande plaisance risque de prendre la place de nos hauturiers...