Après les propos de notre hyper-président sur les quotas de cabillaud, propos qui ont fait pschittt, malgré la présidence française à la CE, voilà "la pêche décomplexée" des juvéniles. C'est donc la théorie d'un vieux tunisien dans les années 80 qu'il lui aurait fait une révélation "pour manger les gros barbets, d'abord les petits tu pêcheras". L'homme de terrain lui sait les choses, il sait pas comment et pourquoi, mais il les sait. C'est la symbiose du marin avec son milieu, le marin sent les choses. On est bien dans le domaine de la philosophie là Jean-Michel ?


Le Lydorein amarré à San Diego, côte Ouest des USA.

Ca me rappelle la théorie du fameux cycle des cabillauds en Manche, le cycle des 5 ans, puis 7 ans puis 10 ans. Avec un dernier recrutement exceptionnel en 1995 pour lequel après avoir pêché les juvéniles, on n'a jamais revu les adultes.

La démonstration mathématique est parfaite. Un seul cabillaud avec ses 4 000 000 d'œufs finit par engendrer 40 000 juvéniles, c'est beaucoup de trop on va finir par marcher dessus ! Il faut donc tous les pêcher et laisser cette bonne maman se refaire une santé jusqu'à la prochaine ponte. Après avoir appâté son lecteur, le discours est plus mitigé, puisqu'il est question de la pyramide des classes d'âge. Et tout est résumé dans cette phase " Une exploitation raisonnable des populations sauvages de poissons (nota : j'adore cette précision sauvage ;o)) demanderait une ponction sur les classes d'âge qui soit proportionnelle à leur importance relative, pour ne pas déséquilibrer les pyramides démographiques naturelles." Existe-t-il encore un endroit en mer où l'on puisse parler d'état naturelle ? Malheureusement, sur les côtes françaises, la mer est un grand jardin où l'on bèche et ratisse de façon assidue et n'importe comment, l'état naturel n'existe plus ! Pour ça sera créé les parcs Natura 2000.

Une récente et troublante étude d'Ifremer (paru dans Science et Vie) montre d'ailleurs que les poissons ont subit des modifications biologiques à cause de la pêche. La sole aurait vu sa taille de reproduction baissé de 10 cm en 30 ans, ce qui est énorme. Le seul problème c'est qu'à ma question "Est-ce profitable à la biomasse et/ou aux pêcheurs", on ne m'a pas donné de réponse.

"Ne plus considérer les pêcheurs comme des êtres sataniques", d'accord, je suis d'accord. Mais…A qui fera-t-on croire que globalement la majorité des espèces surexploitées ne le sont pas par les pêcheurs ? Bien sur, il y a aussi d'autres facteurs aggravants pollution, réchauffement, exploitations de l'espace par d'autres industriels…La profession comme sourde et aveugle n'a toujours pas fait son mea culpa. Si jusqu'aux années 1985 on a cru qu'on n'en verrait pas le bout. On sait tout depuis que toutes les ressources ont baissé et que l'outil productif trop puissant, trop performant et trop couteux et n'est plus adapté. C'est une façon totalement différente d'exploiter les ressources naturelles qu'il faut imaginer. Bref sous le couvert d'un discours pseudo-scientifique, on a donc droit à du lobbying primaire.



Je voudrais rappeler quelques principes simples :
  1. Les tailles règlementaires sont largement en dessous des tailles de reproductions et cela quasiment pour toutes les espèces. Pour la sole par exemple c'est 24 cm, largement en dessous des 35 cm taille de reproduction. Le symbolique bar se reproduit à 42 cm, sa taille règlementaire est de 36 cm. Les Organisations de Producteurs qui régulent le marché, évitent de faire du soutien sur les petites tailles qui trouvent difficilement preneur. On devrait donc pêcher pour "le bidon" ou la farine ?
  2. Une entreprise de pêche est d'abord faite pour gagner de l'argent. Et je ne crois pas qu'on puisse encore rentabiliser les bateaux en pêchant des juvéniles. Une sole de 200 g c'est 7€, une de 400g c'est 13 €. Et c'est pareil pour toutes les espèces. La valorisation doit être la pierre angulaire d'une bonne gestion des ressources. C'est la base de ma théorie sur le cercle vertueux de la pêche responsable et durable. Je développerai plus tard…
    Un juvénile pêché, c'est un adulte qu'on ne reverra pas, un reproducteur en puissance qui disparait, un poisson mal valorisé. On pêche toujours trop et trop petit. J'avoue honteusement préférer pêcher un turbot de 10 kg qui après ses 10 printemps aura avec application et abnégation assuré sa descendance. Je l'ornerai d'un beau pin's (étiquette) pour indiquer date, nom de mon bateau et lieu de débarque. Il finira sur une belle table dans "une maison très bien tenue" comme dirait mon ami Coffe. Avec mon maillage de 270 mm étiré, et oui en plus je fais le filet, j'épargne tous les petits voraces de moins d'un kilo. Une bonne partie de ces bébés finira tout de même dans les dragues des coquillards durant l'hiver. Les autres doubleront quasiment de poids d'une année pour l'autre pour mon plus grand bonheur.
  3. JM ne fait aucune distinction entre les espèces, franchement est-ce sérieux ? Il voit la pêche comme une agriculture de la mer. Erreur, la mer est un écosystème complexe et fragile où chaque action humaine a des répercussions. Les poissons n'ont pas tous le même cycle et mode de reproduction. Certaines sont très prolifique soles, cabillauds, d'autres comme les squales beaucoup moins.
  4. Quand à la théorie fumeuse qu'il n'y aurait pas assez de nourriture pour les juvéniles. Mais alors pourquoi ? Pourquoi cher JM n'y aurait-il plus assez de nourriture pour les poissons ? Si je pousse ton raisonnement jusqu'au bout, c'est parce les juvéniles, saloperie de juvéniles ils ont tout bouffé ? Laisses-moi rigoler, tu pourrais au moins légitiment te poser des questions sur les pêches minotières de tous ces poissons de fourrage qu'on envoie à la farine pour nourrir les saumons, de tous ces bateaux pélagiques disproportionnés "75 m de long 6000KW, chalut de 1650 m de long avec une queue de 90 m (dernier marin)" qui écument les mers en pêchant aveuglement une bonne partie de la nourriture des poissons adultes, créant un déséquilibre de l'écosystème.
  5. Rien non plus dans ce beau discours sur les différentes techniques de pêche et quid des problèmes de rejet. Oui, beaucoup de pêcheries, principalement au chalut génère de grandes quantités de rejets dont beaucoup de juvéniles. Soit cela finit sur le pont, le poissonnet fait une pirouette et repart mort à l'eau pour les goélands et les bulots, soit il finit dans la cale puis au retrait parce que personne n'achètent, au mieux il part à petit prix et finira, crise aidant, dans l'espace à moins de 4€ que tous bons poissonniers à mis sur son banc. Le non dit c'est que la protection des juvéniles profitent à une certaine partie de la flottille. Les pêcheurs qui utilisent les filets maillant ont un outil tout à fait sélectif capable de filtrer les petits mais aussi les gros. L'exemple de la baudroie en est la démonstration. On a déjà connu le phénomène avec les merluchons, pêchés en masse par les langoustiniers et autres chalutiers. La pêche des "Bics" a été mise à l'index par la CEE et certains pêcheurs. Le stock d'individus de belle taille a augmenté aussitôt pour le plus grand bonheur des fileyeurs qui ont alors retrouvé tonnage et surtout valeur grâce aux adultes plus nombreux. J'ai assisté à San Diego à un exposé très intéressant où les pêcheurs avec l'appui des scientifiques cherchent les bancs de "pollock" colin d'Alaska de belle taille pour mieux optimiser leur pêche en valeur. Le petit poisson, souvent plus à terre, ils lui foutaient la paix.
  6. "Enfin que les fonctionnaires se désintoxiquent de la juvénilomanie". Là on touche le fond, le fonctionnaire est sensé prendre l'avis des scientifiques avant décisions. C'est donc toute la communauté des halieutes, "théoriciens… (qui) portent…une lourde responsabilité", qui est visée par ce poujadisme de bas étage. Le professionnel serait donc ce bon sauvage qui vit des fruits de dame nature, prenant et cueillant juste ce qu'il faut avec un savoir inné. Le mythe du pêcheur qui connait mieux que quiconque son milieu. C'est oublier bien vite qu'il va d'abord à la mer pour faire du fric, qu'il a sur les bras une entreprise, qu'il est en concurrence avec ses collègues français et d'autres flottilles étrangères, dans une économie libérale et capitaliste. C'est toujours pas de la philosophie… Les pêcheurs "qui devraient se prendre en main", ne seraient que les victimes du complot fonctionnaires/scientifiques/Europe. On peut même rajouter fainéants et trop payés. Et là, toute l'assemblée exulte !
  7. Laisses-moi te raconter l'histoire de la pêche après que les hommes aient un moment disparu de l'espace maritime. Dans ma Normandie, pendant les années d'occupation, il n'y avait pas le droit d'aller en mer, pas d'autorisation et pas d'essence, les gros bateaux étaient réquisitionnés, seules quelques petites unités pouvaient sortir sur autorisation un court laps de temps. Après 5 ans, la pêche a repris, des bateaux neufs ont été construits avec les dommages de guerre. Durant une courte période les pêcheurs ont fait ce qu'ils ont appelés "des pêches miraculeuses". Sans eux les poissons s'étaient débrouillés, les petits avaient tout mangés, les gros avaient bouffé les petits, les morues s'étaient multipliées plus vite que les lapins, qui nous ont sauvé de la faim comme disait ma grandmère, pour le plus grand bonheur des marins repartis en mer et personne ne s'est échoué dessus….
Un peu d'info :
Science et Vie : la taille des poissons qui évolue
La taille règlementaire : Taille Marchande
GreenPeace : Ta mer, T'y penses !
Le Monde : Le code de bonne conduite censé promouvoir une pêche "responsable" n'est pas respecté
Le texte original : Comité Local des Pêches du Guilvinec


Avec son patron qui pêche le thon à la canne depuis 40 ans, en famille de juin à novembre uniquement. Le reste du temps il désarme. Son poisson, glacé pendant des marée de 15 jours en saumure réfrigérée, est éco-certifié MSC.