Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Grève des hauturiers : le désespoir d'une profession

Mercredi 11 mai les hauturiers de Cherbourg se sont mis en grève. Ceux de Port en Bessin restés en stand by au bassin les ont rejoints jeudi avec une partie de la pêche cotière. Le GO, dont le prix ne cesse de flamber, plombe lourdement les comptes d'exploitation. Conjuqué à des peches traditionnellement faibles en cette saison, on assiste au retour des "partages négatifs". Explications.
Pour etre parlant on peut dire qu'en 4 ans le prix du GO à tripler il est passé "de 0.80 à 3 Francs". La charge de carburant représente maintenant jusqu'à plus 30 % du CA de ces bateaux. C'est énorme et les rend tres dépendant. Si la peche est faible, la consommation reste la même. Le GO est mis dans les frais communs, il est donc enlevé de la vente avant partage. Les marins étant payés à la part, leur paye est définie par le lot (la part) moins les charges sociales. On peut donc se retrouver dans une situation où le matelot doit de l'argent à son patron ! Même si les hauturiers sont évidement les plus touchés, toutes les pêcheries sont concernées les coquillards sortant d'une bonne saison exeptionnelle en quantite et bonne en CA ont été provisoirement épargnés. Les fileyeurs peu gourmands en GO mais tres dépendant du prix de leur matériel seront aussi bientot touchés car les fournisseurs indiquent une hausse de 20 à 30 % en 2006 des granulés servant à faire le nylon des filets et de 40 % du plomb des ralingues.

A Cherbourg les marins avaient bloqué la ville, les portais avait eux, très habilement, choisi de bloquer la car ferry de Ouistréham. Faire le grève n'est pas un exercice facile, il faut convaincre sans se mettre la population à dos. Le ministre Busserau en visite dans le Manche a reçu une délégation et a tenté de rassurer. La politique du gouvernement manque de lisibilité en matière de pêche, c'est "le grand flou artistique", avec d'un coté des promesses d'aide, de l'autre un discours officiel où l'on ne parle que de restrictions budgétaires. Les marins sont incertains quand à leur avenir. Ces incertitudes poussent au désespoir car chacun sait maintenant que le GO restera cher et ne cessera d'augmenter. Les aides au compte-goutte, la cloture annoncée depuis 1 an du FPAP, caisse de compensation du prix du GO, reportée tous les 2 mois, les promesses, le PAP plan avenir pour la peche, inclus dans le PSN, plan statégique national, dont on parle avec beaucoup de précautions tant les infos sont incertaines, rien de clair pour les marins. Ce qui est sur c'est que le FPAP sera fini en juillet, que la caisse d'intemperie sera confortée, qu'un plan de sortie de flotte est budgété, que des exonérations de certaines charges seront octroyées, quil y a 80 M€ dans une enveloppe qui fait déjà rêvé certains.

Chaque consommateur est touché par la hausse du GO, mais il est tout de même surprenant que certaines professions très dépendantes comme les routiers ne se manifestent pas ! On peut penser d'une part qu'ils répercutent cette hausse du carburant sur leurs tarifs, d'autre part que, grace à un lobbying fort, ils ont avec le gouvernement "des accords". La Pêche qui n'a pas un poids économique comparable, n'a pas les mêmes facilités ou moyens de pression. A cela s'ajoute un CNPEM tres pro gouvernement, des propositions inexistantes des grandes organisations professionnelles qui sont KO et dépassées par la base. Ce n'est certainement pas en faisant la promotion des biocarburants que la peche hauturieure se sortira de ses problèmes.mais de bonnes idées fusent. Les archachonnais proposent la "contribution filière". Répercuter le prix du GO sur le prix du poisson. A l'OPBN on propose de se rapprocher des GMS pour là aussi redefinir au mieux les prix. Th Missonnier du From avec qui je ne partage pas toutes les idées, mais au moins celle-là..., proclame "que si des marges existent ce n'est pas en matière de quantité, mais de valorisation" le marin

Depuis trop longtemps on parle de crise de la pêche, ce n'est plus une crise, c'est une mutation que la profession subit, comme l'agriculture en son temps et certaines grandes industries. Une partie des bateaux va certainement disparaitre, le moins possible espérons-le. La bande cotière déjà surexploitée ne pourra pas etre une solution de repli. Les choix devront etre pertinents car toute l'économie et le tissu social du littoral dépend fortement de ces pêcheries.
Un avenir existe pour "les gens de mer", il sera fondamentalement différent du passé. Le droit à produire, l'accès à la ressource, les quota, les licences, la gestion durable des ressources, la pression des "environementalistes", les écolabels sont des notions qui traduisent cette mutation et qu'il faudra intégrer.
Les pêcheurs doivent impérativement garder la main et ne pas se faire imposer soit par Bruxelles, soit par l'Etat des règles qu'ils n'acceptent pas. Il faut sauver le caractère artisanal de la peche française, éviter les regroupements économiques, ne pas laisser le grand capital s'emparer de nos bateaux !

Commentaires

1. Le mercredi 29 décembre 2010, 03:56 par Manu

La grève a beau être un droit constitutionnel, on a tendance a en abuser et à en oublier les fondements. Les gens ne savent plus pourquoi ils font grève, cela devient parti intégrante de la culture française. Nous faisons grève comme nous allons acheter notre pain à la boulangerie. La situation est à son comble lorsqu'on demande aux étudiants la raison de ce mouvement. Eux même ne savent pas y répondre or ils représentent souvent la majorité des grévistes. Que c'est pathétique. Vive la France...

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.finemaree.com/news/index.php?trackback/10

Fil des commentaires de ce billet