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Les bons, les méchants et les menteurs...

L'information du secteur pêche passe par un seul média : le marin. Or depuis quelques temps j'ai tout de même l'impression que dans les colonnes de l'hebdomadaire on aime caresser ses lecteurs dans le sens du poil ! En effet, que ce soit M. F., qui s'est investie en maman de tous les pêcheurs ou P. U., en papa, quand les journalistes parlent des pêcheurs c'est souvent en les considérant comme des victimes, ni de l'amour, ni de la mode, mais de Bruxelles et des "écolos". Cela est-il aussi simple ?

Tout d'abord, je tiens à préciser que j'ai beaucoup de considération pour nos amis journalistes. Ils sont trop précieux, car c'est grace à eux si l'on peut encore être correctement informé. D'ailleurs à l'occasion j'ai même soutenu le combat de certains, voir ici.Si je les vilipende ici c'est avec un peu d'humour, mais aussi beaucoup de respect. "Qui aime bien, châtie bien..."

La pêche est-elle la pauvre victime des écolos? On parle en termes guerriers "offensive de GreenPeace", "bras de fer", "attaque". Donc le monde, selon Marion, serait divisé en 2, d'un côté les pêcheurs, de l'autre les écolos et la Commission européenne, qui en plus n'a qu'un souhait, éliminer ces braillards. Tout ça sous l'oeil de quelques scientifiques ignares et médusés. La pêche est donc en guerre contre ses 2 maux, un peu simpliste. Finalement, en exagérant, le seul problème des pêcheurs serait les décisions de la Commission. D'ailleurs on peut lire dans la dernière livraison "La pêche, c'est une affaire de poissons et une affaire d'hommes. La politique européenne semble trop souvent privilégier les premiers ou détriment des second." CQFD !

Même si je suis un européen convaincu, j'ai toujours prétendu que le poisson ne portait pas sur la queue un quelconque étendard national mais plutôt, au plus, quelques étoiles, je ne suis pas un adorateur borné des membres de la CE. Mais je pense qu'une ressource en bon état et bien gérée rendra plus facilement le sourire aux producteurs, qu'un libéralisme débridé, qui, à court terme, aura la peau de la pêche artisanale.
Prenons un exemple celui de la pêche des grands fonds, le marin nous explique que c'est un revers pour les industriels qui se sont lancés sur ces pêcheries, en oubliant de préciser que cela fait des années que les scientifiques tirent la sonnette d'alarme sans succès. Ces industriels, qui ont en partie participé à la disparition du cabillaud en Manche et Mer du Nord, malheureusement ne prennent pas plus de gant avec des espèces qui mettent 15 ou 20 ans avant de se reproduirent. C'est certainement la CEE qui a fait disparaître les cabillauds, je plaisante. Alors il y aura de la "casse" c'est certain. Mais faut-il laisser seule l'économie gérer la ressource pour en arriver à la situation dans laquelle la pêche artisanale se trouve actuellement ? Faut-il absolument que la non gestion qui conduit inéluctablement à l'effondrement de stocks, perdure ?

L'accès libre à la ressource, c'est finit ! Il faut des règles pour partager ce bien commun. L'exploitation des ressources naturelles doit être réglementée. La technicité, le surinvestissement et la pression de pêche n'ont jamais été aussi forts. La flambée du prix du GO met en exergue les problèmes de la pêche, les faiblesses de certaines flottilles extrêmement dépendantes du coût du carburant.
Oui, il faut une ressource abondante pour conserver notre flotille de chalutiers.
Oui, le gâteau est petit et nous sommes nombreux à penser qu'il faille etre moins pour avoir une part plus grosse.
Oui, tous les jours au sein des Comités Locaux et Régionaux nous travaillons dans ce sens avec la mise en place de licences de règlements spécifiques.
Oui, l'échec de 20 ans de PCP demande une nouvelle façon d'aborder les problèmes.
Oui, il y aura un problème social, qu'il faut absolument maîtriser et accompagner.
Un exemple, la pêche à la coquille en Manche Est, pour 90% de la flottille côtière, elle représente 70 % du chiffre d'affaire, il faut impérativement réglementer cette pêcherie, réguler l'accès à cette ressource, faire attention à l'effet domino en cas de reconversion de certaines flottilles, travailler au niveau européen à une harmonisation des règlements et ceci ne se fera pas sans une nouvelle façon de conceptualiser la pêche. C'est ce que j'appelle "inventer son avenir".

Oui, mesdames et messieurs les journalistes, les politiques, chers lecteurs, ..., la pêche des papys boomers est finie ! La pêche est en pleine mutation !
Et cela n'est pas le "purgatoire", mais la mise en place de ce qui aurait du être fait il y a 20 ans qui est en train de se dessiner. L'avenir de la pêche ne se joue pas sur du court terme, on a trop souvent privilégié les intérêts économiques immédiats à une véritable prise en main par la profession de son avenir. Allez donc demander aux anciens, ils vous diront tous le même chose "c'est quand il y avait du poisson qu'il fallait prendre des mesures de conservation". Qu'a-t-on fait des 17 000t de csj de la Baie de Seine ? Et bien on les a pêchées, toutes pêchées ! A cause d'un mélange de "je n'y crois pas" et "on verra bien", à cause d'un manque d'imagination. On n'a même pas essayé d'étaler sur 2 ans cette manne formidable. Alors maintenant on nous dit que tout c'est vendu ! Mais à quel prix ? Légitimement on aurait pu penser qu'une biomasse 3 fois supérieure aurait conduit à des CA au moins du double. Mais il n'en est rien. Les lendemains de cette saison exceptionnelle seront moins euphoriques et émaillés de "si on avait su".
On pêche trop et trop petit. Dans le Nord, on continue, par exemple, à tolérer des maillages inférieurs à 100 mm pour les tremails qui ne laissent pas passer les petites soles. Pour quels bénéfices ? A quoi cela sert de pêcher des juvéniles, alors qu'il suffit de sauter une classe d'age pour gagner en poids, prix moyen et conforter le stock ? Après les institutionnels vont s'étonner que le "Plan de restauration de la zone d'effort B" est renforcé, que la ressource de sole en Manche Est donne "des signes d'inquiétudes". C'est encore la CEE qui sera désigner comme responsable, alors que ces mesures, même si elles sont impopulaires, sont du ressort des Etats membres.

Alors oui je reprend à mon compte le slogan des "pirates" de la CEE : "Pêcher moins, vous gagnerez mieux...". Il y a bien longtemps, depuis 2000, que je martèle dans le cadre de la démarche qualité le même discours, "Pêcher moins, vendre mieux !" Repris sans sourciller par tous les représentants de la profession !
Les marges de progression sont sur le prix, pas sur la quantité, il nous faut spéculer sur le poisson, en faire un produit de luxe. Regardez la morue qui pendant des siècles fut le poisson du pauvre, se vendre aujourd'hui plus de 7 € le Kg entière, en criée. Dans le marin on pense que, "hypocritement", la Commission laisse le "sale boulot" aux Etats Membres. Mais n'est-ce pas à ceux là que revient ce travail, ceux qui n'ont que cessent de détourner les recommandations, que d'en diminuer les effets, que de tripatouiller quotas et autres taille marchande pour se retrouver à l'index et à l'amende. On laisse même aux Etats Membres le choix de la méthode.
Il y a quelques années on a fait celui des quotas plutôt que des arrêts biologiques. Mauvais choix pour la base, pour les producteurs qui sont bien contents de pouvoir bénéficier des ces arrets à l'instar des pêcheurs d'anchois.

Je ne suis pas la chantre de la CEE, mais il faut ouvrir les yeux et poser les bons présupposés. Effectivement si on part du seul principe que la Commission veut faire disparaitre la pêche, le débat risque d'etre moins ouvert ! Et qu'on ne nous ressert plus à toutes les sauces le fameux "principe de précaution" comme étant le moteur des décisions européennes. La surexploitation des stocks est une réalité, venez sur le terrain le constater, venez dialoguer avec les professionnels, demandez leur s'il est facile de trouver de quoi remplir aisément chalut et filets.
Je crois juste que le monde n'est pas divisé entre les bons et les méchants comme semble le relater la presse professionnelle. Hier c'était le commissaire Fisher qui avait cristallisé toutes les critiques dans le marin on pouvait lire qu'il était "arrogant, méprisant". Maintenant c'est Borg, présenté à la une comme une nouvelle espèce de galathée au duvet blanc...Comme le disait JL de Feuardent "il est facile de soulever des tonnerres d'applaudissements en critiquant l'Europe", et après on fait quoi ? La vérité est comme à chaque fois ailleurs, à mi chemin, moins tranchée. La CEE trace les grandes lignes, sur le terrain il faut profiter de ces nouvelles orientations pour rebondir et aller de l'avant. A peine 30% de fonds que la CE débloque pour la pêche sont utilisés par la France, un peu d'imagination, m... !
La pêche ne doit plus subir, mais montrer qu'elle prend en main son avenir, la gestion de la ressource, la préservation des océans. Les CCR, comité consultatif régionaux sont une opportunité de travailler avec les groupes environnementalistes, profitons-en.

La pêche a un avenir, le poisson sauvage est et deviendra de plus en plus un must. Mais les ressources naturelles ne suffiront pas à assurer la demande. De cette pénurie les producteurs doivent tirer profit et ne pas laisser aux seuls commerçants et capitalistes le fruit des bénéfices. Au Japon les pêcheurs sont devenus des seigneurs, chez nous il n'y a pas 50 ans ils étaient encore les plus pauvres parmi les pauvres, décrits comme habitant des grottes dans les falaises, ils nous restent un peu de temps pour anoblir ces hommes, ces femmes, ces gens de mer avant qu'il ne disparaissent.

Commentaires

1. Le samedi 26 août 2006, 22:32 par Alain Diverrès

Bonjour Dimitri,
m'autoriserais-tu à publier inextenso ton texte sur mon site ?
je le trouve frappé de bon sens, ce qui manque beaucoup par les temps qui courrent !

Merci de ta proche réponse,
Bien amicalement à toi

Alain

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