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Le temps des désillusions, de Londres à Port en Bessin en passant par la mer

Je suis allé à Londres. Béatrice m'avait dit "Viens cela va te changer les idées". Je la remercie, cette petite escapade m'a fait grand bien. Une belle traversée en ferry m'a fait entrevoir la mer sous un autre angle, pas forcément désagréable. Londres est une très belle ville, mêlant avec bonheur, les monuments rénovés de façon un peu kitsch et le contemporain. Les clichés sont toujours d'actualité, c'est très cher et on y bouffe mal. Au point de se demander quel crédit apporter à nos amis anglais quand ils parlent de coquille…


Le déplacement concernait une réunion à l'initiative de la France pour harmoniser au niveau européen l'exploitation de la coquille, comparer nos réglementations, nos résultats de suivis scientifiques, parler de la fermeture estivale et du trempage. J'ai d'abord rejoint mes amis du CRPBN au Fischmonger's Hall, "la poissonnerie", cela ne s'invente pas. Il est des endroits plus désagréables pour faire une AG de RAC, CCR in french. Vers 18H on nous servit des rafraîchissements, jus d'orange, citronnade acidulée, vin d'Australie cépage merlot et sauvignon. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse…avec des cornichons !

Le lendemain, direction Scotland Yard, dans un de ces clubs feutrés et vieillots dont nos amis ont le secret. Il a fallu insisté lourdement pour que le taxi hindou avec un véhicule plus proche du taxi brousse que des célèbres taxis londoniens nous emmène au cœur de l'Intelligence Service de sa Gracieuse Majesté… Et là, écouteur sur la tête je suis tombé sur le cul. Voilà que des scientifiques de l'île de Man annonce que le recrutement serait dépendant du stock. Cela fait 15 ans que j'ai cru sur parole les halieutes d'Ifremer qui m'ont rabaché que la qualité de la reproduction était indépendante de la quantité de reproducteurs. Ces anglais affirment que dans certaines mers il y a si peu de coquille qu'elles ne peuvent plus se reproduire, la fécondation est quasi impossible. Le recrutement est assuré alors par certaines zones "en jachère" ou non accessibles. Les anglais associent le recrutement avec la quantité de gonade. Le gisement de St Brieuc exemple européen de gestion en serait le preuve, plus il y a de csj, plus elles se reproduisent et plus il y en a, logique…Un suivi sur une zone fermée à la pêche a été fait. Il en résulte que la quantité de csj a augmenté de façon exponentielle de cette zone, en 4 ans elle est devenue 10 fois supérieure au zones exploitées, les coquilles devenant plus grosses représentent alors une masse de gonades beaucoup plus importante qui constitue un potentiel de reproduction 100 fois supérieur aux zones exploitées. Cette notion de jachère est intéressante, on parle de poche de reproduction, une idée à explorer dans la Baie de Seine.

Avec la fermeture estivale en Manche Est on a eu moins de succès qu'escomptait. Les ressortissants UK ont une approche différente. La coquille espèce refuge devient espèce ciblée par une flottille de très gros bateaux 30/35 m qui se déplacent beaucoup, dont des unités neuves entièrement dédiées à ce coquillage. Pas question pour eux de se limiter, il faudra trouver des alliés avec les côtiers anglais. On a parlé aussi de la taille des anneaux. Beaucoup de non dits chez nos amis qui décortiquent tout et donc ramassent tout avec leurs anneaux en 75 mm, malgré la taille CE à 11 cm. Néanmoins les écossais pensent que c'est une bonne mesure et qu'il faille y venir progressivement. Pour ce qui du trempage, là ce fut "shoking" ! Comment peut-on parler de ça, si on trempe c'est à la demande de nos clients… Les consommateurs européens seraient tout bien contents de savoir qu'on leurs vend de la flotte et quitte à en acheter dans quelle proportion. Les écossais ont pretendu que cela ne regardait pas les CCR où siège pourtant des assos de consommateurs…Bon, quand on est capable de vous servir pour 18£ un magret de canard carottes sauce marron, sans vous demander la cuisson au point où se brave duck ressemble à un morceau de bois, je ne pense pas que l'on soit autorisé à parler de la qualité des csj ;o)). A la différence des français qui arrivent en ordre dispersé et nombreux, sans argumentaires techniques sérieux, trop nombreux au point où on se renvoie la balle pour répondre à des questions sur les mesures de gestion. Les British font plus simple, un scientifique plus ou moins au ordre de la profession et le représentant de l'usine de décortication. Vous savez celui qui l'année dernière a acheté à vil prix nos coquilles, les a mises en noix, les a trempées et revendues en France aux GMS. En attendant de le faire Roumanie, puis en Chine…
Nous vivons une époque formidable.

Et pendant ce temps là en Normandie, malgré la fermeture des w.e. décidée et votée en commission interrégionale, nos collègues dieppois sont partis pêcher la coquille le samedi. Je me demande dans quel pays nous vivons ? C'est ceux là même qui votent les règlements qui les transgressent. Alors peut-on encore raisonnablement se mettre autour d'une table avec ceux qui ne respectent rien ? Quelle autorité pour un président de Comité Local qui part devant ?
Oui il est grand temps d'en finir avec cette guéguerre stupide haut et bas normands.
Oui, il faut scinder la zone en 2 à l'Ouest de Greenwich on régule, on gère, on organise. A l'Est "liberté de cambuse".
Oui, il faut coller une balise VMS dans chaque coquillard pour en finir avec ses pratiques, ces dérapages, ces exactions.
Cette saison, c'est la déception sur les quais, peu de coquille et pas forcement plus chère. Et oui on le sait ce n'est pas début octobre qu'il faut la pêcher. Retarder l'ouverture aurait été la meilleure solution, mais qui ira de dire à cette dizaine de bateaux dieppois qui ne travaillent pas l'été qu'une ouverture au 20 octobre se fera au bénéfice de tout le monde ? Pourquoi faut-il hypothéquer la saison en écoutant celui qui crie le plus fort ?
D'ailleurs beaucoup de bateaux ont remis ou sont resté au chalut, même à Grandcamp où l'on est coquillard de façon chromosomique des bateaux sont à la seiche. Du jamais vu ! Bien sur, maintenant que le proche extérieur est gratté, c'est la Baie qui commence à souffrir, difficile de résister à la facilité et à l'appât du gain. Même problème, même solution, une balise VMS dans tous les bateaux. Alors vu la situation, il est certain que l'ouverture prévue au 4/12 sera avancée, au 27/11 ou au 29/11. Mais aura-t-on le courage de lever le pied en janvier, aura le courage de laisser un reliquat conséquent en fermant plus tôt ? J'en doute.



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