Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Crise du Go, les pêcheurs lancent un Mayday.



Vous avez tous compris l'enjeu et le problème. La récente et énorme augmentation du GO a mis à mal une bonne partie de la flottille, notamment des trainants. Les conséquences sont inégales sur l'ensemble de la flottille, les plus touchés sont les chalutiers de 16 à 25 m.
On pourrait penser trop facilement que les fileyeurs ne sont pas touchés, mais comme à chaque fois c'est avec 3 mois ou 6 mois de décalage que les hausses des produits pétroliers va se faire ressentir sur leur matériel. Aussi l'augmentation des matières 1ère, comme le plomb dope le poste matériel de façon très sensible. Sur les coquillards, c'est le GO et aussi la ferraille qui a doublé. Sur le partage du mois d'octobre à bord du Sauvage, le GO compte pour 20% dans le CA, du jamais vu !
Le gros problème du producteur c'est qu'il ne peut pas répercuter le prix du carburant sur son produit. Quoi que si tous les produits passaient en criée, il y aurait certainement des pistes de ce côté.
Sarko, qui après une visite en période d'élection dans un sémaphore breton, avait laissé une image mitigée dans le milieu de la pêche, a réagi prestement. Cela a fait le bonheur du Zapping. Mais des 4 mesures proposées, mécanisme de compensation du prix du GO, modernisation, exonérations de charge, rémunération minimum, seules les 2 dernières verront une application rapide et lisible sur les bulletins de paye. Un plan de sortie flotte musclé avait été annoncé précédemment.
La modernisation des moteurs est un leurre. Les motoristes souriaient au Salon de Lorient à l'évocation de ces mesures. Et pourquoi pas un moteur à l'eau...Le soucis des mécaniciens est, dans l'immédiat, de respecter les normes anti pollution.
Quant aux exonérations de charge, jusqu'à quand l'opinion publique acceptera un régime d'exception qui ne paye même pas de charge sociale et dont l'organisme gestionnaire, l'Enim, est archi déficitaire ?
Surtout que la pêche est déjà sous perfusion depuis un bon moment, détaxe, financement d'outil collectif, exonération d'impôt, subventions, organismes para professionnels fortement financés. On dit que pour 1€ de poisson débarqué il y a 1 € de subventions ou équivalents. Quant au fameux mécanisme de compensation, dès son annonce son euro-compatibilité état douteuse. Cela a été très vite confirmé par la CEE.



Le problème de la pêche est structurel et ces mesures ne permettront que de patienter. Cette hausse soudaine, dramatique et importante, frappe de plein fouet les forces vives, les nombreux jeunes armateurs qui viennent de s'endetter en rachetant, sur un marché de l'occasion, notoirement surestimé à cause de l'interdiction de faire du neuf, les bateaux des papys boomers. Ceux-là auront tout connu, le progrès technique, la mise en place des structures, les bateaux neufs, le déclin de la ressource, l'occasion à prix d'or

Depuis toujours rois, empereurs, présidents ont voulu une grande pêche nourricière pour le peuple. Dans les années 70/80, devant le déficit de produits de la mer, les politiques ont poussé de tout leur poids à la productivité, construisez, construisez disaient-ils. Alors que dans le même temps, les scientifiques tiraient déjà la sonnette d'alarme. En 80, 1er choc pétrolier la pêche se révolte mais passe à travers. Le progrès technique permet d'augmenter les captures, la machine repart, les banques suivent. La demande en poisson augmente toujours, les prix montent. C'est le début d'une spirale infernale, les bateaux sont de plus en plus chers, on pêche donc de plus en plus pour les amortir.
En 1990, la pêche rentre sans s'en apercevoir dans la mondialisation. Le poisson arrive de partout, le saumon devient le roi des étals en GMS. 1994, nouvelle crise de la pêche, l'importation est montrée du doigt, c'est Rungis et l'import qui font les frais de la révolte. Le GO est toujours bon marché. Les politiques prennent conscience qu'il faut valoriser les productions nationales. Au passage en 1996, la coquille perd l'exclusivité de l'appellation Saint Jacques au profit de vulgaires succédanés. C'est la 2ème spirale toujours moins de poisson mais des prix qui compensent, donc on se retrousse les manches et on tape dedans. On pêche partout, trop et trop petit, ce qui met en péril une ressource déjà malmenée. L'effort en bande côtière augmente. La coquille devient l'espèce refuge, la flottille côtière se renforce en puissance alors que le nombre d'unité diminue. Les plans de sortie de flotte successifs font des coupes franches dans les -12m et les vieux bateaux. Pour certains, elles permettront une fin de carrière honorable. Les organisations de producteurs jurent qu'il n'y a pas de problème de ressource puisque le niveau de capture reste le même. L'Europe est pointée du doigt comme responsable de tous les malheurs de la profession, y compris au CNPEM. Sauf que le cabillaud, disparait...La France est mise à l'index, condamnée pour pêche illégale, condamné pour politique de contrôle insuffisante. L'Europe fait son méa culpa sur 20 ans d'échec de la PCP, elle bloque les constructions neuves. Le fameux équilibre socio économique arrive à son point culminant.

Depuis la grande pêche nourricière c'est fini. On se bat pour conserver son bateau, sa structure, son emploi, sa baronnie, au nom de ce fameux équilibre. Cette crise ne doit pas nous détourner de la question essentielle : quelle pêche voulons nous pour les 10, 20 ans à venir ? Rien ne sert de faire la politique de l'autruche, on n'y coupera pas. Il faut répondre à cette question. Je l'ai souvent dit on est trop nombreux. Des bateaux resteront, malheureusement à quai, mais comme d'hab, rien n'est prévu, pas de volet social, pas d'accompagnement.
Le poisson frais est devenu, comme je l'ai toujours dit, un produit de luxe, un produit de niche. C'est là notre chance, notre joker. Mais il n'y aura d'avenir que sur des pêcheries bien gérées, où le producteur saura maitriser cette ressource précieuse pour en faire son atout.

Commentaires

1. Le dimanche 9 avril 2017, 05:57 par manicure

What's up friends, fastidious article and fastidious urging commented here, I am genuinely enjoying by
these.

Ajouter un commentaire

Le code HTML est affiché comme du texte et les adresses web sont automatiquement transformées.

La discussion continue ailleurs

URL de rétrolien : http://www.finemaree.com/news/index.php?trackback/34

Fil des commentaires de ce billet