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Flambée du GO un vrai problème, plan de sortie de flotte une fausse bonne idée



Je ne vais pas vous ré-expliquer pourquoi un GO, qui a doublé en 1 an est un problème pour les chalutiers. Juste vous donner 2 chiffres : un hauturier fait 20 000 l à la marée soit 15000€, à la vente 30 000€ est une très, très bonne vente. Le gros problème est que le producteur ne peut pas répercuter ses couts de fonctionnement sur le prix du poisson. Un transporteur, un poissonnier, un mareyeur lui inclut directement dans ses prix de vente la hausse des carburants. Le pêcheur est comme tous les particuliers qui prennent leurs voitures pour aller bosser, c'est plein pot et sans compensation.
Quizz :
- Le GO est-il un problème pour tous les pêcheurs ? Oui
- Sont-ils tous touchés de la même façon ? Non
- Cela affecte-t-il les revenus des équipages ? Oui
- Pouvait-on prévoir une hausse si brutale? Non
- Est-ce l'unique problème de la pêche ? Non
- Y-a-t-il une solution miracle ? Je ne sais pas…

La crise et le double effet Sarko :

Cette crise brutale, qui s'est répandue partout sur le littoral français, n'arrive pas par hasard. Cet hiver, l'Etat avait promis 6 mois d'exonération de charges sociales, l'embellie n'a duré que 3 mois, ce qui a était très mal perçu. Dans le même temps un certains bateaux, les plus petits côtiers, n'ont rien eu, encore des nouveaux mécontents. Diviser pour mieux régner n'a pas fonctionné, puisque cette fois tous les bateaux ont manifesté ensemble.
Dans le Nord et en Normandie ce sont les quotas sur le cabillaud sous plan de restauration qui ont suscité de vives réactions dans toutes les catégories de métiers. Des débarques directes ont été honteusement sous payées par le mareyage qui a largement profité de la situation abracadabrantesque sur le cabillaud au détriment des pêcheurs. Là aussi "il faudra rendre des comptes" à la profession.
A Dieppe comme ailleurs, le 15 mai , c'était la fermeture de la coquille. Pour les hauturiers, c'est aussi traditionnellement une période difficile, celle des équipages négatifs qui font la une de la presse.
Dans le même temps, le plan de sortie de flotte a été finalisé. On a vu les premiers bateaux disparaitre du paysage portuaire, ce qui ne peut laisser aucun marin indifférent. Le pêcheur en plein désarroi ne voit que dans l'issue à cette crise le pire : sortir son bateau de flotte. Les mesures du Plan Barnier proposées l'hiver dernier sont bonnes. Mais ce sont des actions sur du long terme. Et, passé l'effet d'annonce, en n'en parle plus. La fameuse taxe de 0.2%, un pétard mouillé ! Ou est l'argent ? Où est l'échéancier Qu'a-t-on fait des nombreux audits ? Où en est-on avec le passage obligatoire en criée ?

Les "Contrats bleus" et "Contrats gris

Ou comment rendre euro compatible des aides directes. Pourtant, cela reste une vraie bonne idée, pas pour sa finalité, mais dans son principe, aider et soutenir les flottilles qui font des efforts pour s'inscrire dans une pêche responsable et durable au delà de la règlementation communautaire. Un responsable de Préfecture me disait "Ils sont gentils au Gouvernement, ils nous balancent ça dans les pattes et débrouillez vous. On ne sait même pas ce que c'est et quoi en faire".
La personnalité de chef de l'État, très proche, trop proche n'a pas laissé indifférent le pêcheur qui lui a bien souvent accordé sa voix. Sarko le démago, disant avant son élection qu'il en avait "rien à faire d'aller en Bretagne dans un sémaphore", puis après comprenant, qu'un pêcheur puisque manifester et casser pour sa survie. Les pêcheurs y ont cru, enfin "un Président qui s'occupe de la pêche". Nous ne sommes plus des laissers pour compte, loin de tous les débats sociétaux, en haut lieu on se préoccupe de nous… On écrit à la Présidence pour alerter sur ces cabillauds, ces "cochons des mers" qui font tout dévaster si rien est fait. Le retour du cabillaud, un désastre écologique ! Je diverge….D'ailleurs le Président n'y va pas par 4 chemins. Juste pour voir la tête de Barnier, j'aurais aimé être à Boulogne pour entendre Le 21 janvier 2008 : « La première chose c'est l'affaire des quotas : il faut qu'on en sorte... ».

Pourquoi le plan de sortie de flotte est une fausse bonne idée ?

Tout simplement parce qu'il n'aura qu'un impact limité pour ceux qui vont rester. Chaque cas est différent, pour certains en fin de carrière avec des bateaux poussifs, c'est une aubaine; pour d'autres l'opportunité de changer de bateaux, dans d'autres cas la possibilité d'apurer des situations financières délicates. Mais bon, on peut légitimement se demander, comme l'a fait A. Le Berre du CRP Bretagne, si tout de même cet argent n'aurait pas été mieux investi à mettre en place de jeunes avec des outils modernes sur des pêcheries " responsables et durables". En Normandie, c'est Port en Bessin qui a le plus perdu avec 6 unités. Echec des organisations professionnelles et problèmes conjoncturelles, on interprètera cela comme on veut, sachant que les deux causes sont liées. Mais non, ce n'est pas de la langue de bois…



"Ah, de notre temps, on ne se faisait pas chier avec tout ça"

Les manifestations des pêcheurs ont été violentes, comme si on avait à faire à des personnes qui n'ont plus rien à perdre. A travers les contacts que j'ai eu avec les médias, le ressenti n'était certainement pas celui d'une grève de fonctionnaire. Le problème c'est que depuis les 2 dernières crises le pêcheur n'a plus confiance ni dans ses représentants, ni dans les aides de l'État. Les dernières élections dans les Comités locaux datent de plus de 5 ans. Depuis la situation socio-économique a continué à se dégrader, ce qui a mis les responsables en position d'échec. L'autorité n'est plus là. Beaucoup de représentants depuis les dernières élections sont maintenant en retraite et n'ont que pour seul discours "Ah, de notre temps, on ne se faisait pas chier avec tout ça". Au plus haut niveau, au CNPMEM, PG Dachicourt est fortement critiqué, on lui reproche de dire plus facilement "Oui M. le Ministre" que de consulter sa base. Des soupçons d'aides directes sans aucune transparence dans certaines régions notamment dans le Nord ont circulé. Les réveils seront difficiles avec trop de marins maintenus à l'écart du débat et dans l'ignorance. On a vu encore certains qui s'étonnaient qu'il y ait des importations. Un patron, qui roule pourtant avec un 4x4 coréen, demandait qu'on interdise les produits venant de chez les "ping-pong"…;o))
On a pu aussi relever le manque de solidarité du reste de la filière, pas un poissonnier pour baisser le rideau, pas un mareyeur pour fermer son atelier. Certains allant jusqu'à tonitruer qu'ils n'avaient pas besoin du poisson de nos côtes. D'autres n'hésitant pas à fustiger le mouvement, pleurnicher qu'ils étaient "pris en otage" et réclamer "qu'on se démerde". Une faute de gout réprimandée…

Des revendications multiples :

Comme on l'a vu sur les banderoles les revendications, pendant le mouvement, ont dépassé largement celui du GO. Révision des de quotas pêche, des prix de retraits, augmentation du prix du poisson, poissons trop chers sur les étals. Mais comment satisfaire toutes ces demandes ?
Des réunions sont programmées avec les pétroliers. Total, qui fait des bénéfices record, offrira-t-il le GO aux pêcheurs pour satisfaire la conscience compatissante de ses actionnaires avides ? A Arcachon un pêcheur de 69 ans (dixit le marin) propose de fixer un prix plancher en fonction du prix de revient. En Basse Normandie, j'ai souvent entendu D. Lefèvre nous proposer un prix conventionné à l'étal sur certaines espèces, atavisme d'après guerre sur les principales denrées alimentaires. D'autres veulent imposer un plafond sur les marges des détaillants du quoi faire sourire J. Attali. Les négo avec les GMS c'est du pipeau ! La filière agricole s'y cassent régulièrement les dents et portant ils sont bien plus nombreux et structurés que nous. Evidement et facilement le responsable impuissant fustige la toute puissance Europe responsable elle aussi de tous les maux de la Pêche. Au passage, bêtement et pour flatter l'auditoire, on égratigne les scientifiques "qui ne savent pas tout". Ifremer responsable des quotas et pourquoi pas du manque de ressource ? Pourtant il y a tant de belles perspectives qui se profilent, notamment le Défi Manche , ou l'étude approfondie des ressources en Manche Est. Certainement une piste pour couper l'appétit au promoteur éolien et extracteurs de granulats. Nous avons tout intérêt à travailler en bonne intelligence avec les hommes de science, d'ailleurs c'est prévu et indemniser avec les contrats bleus…

Alors qu'ont gagné les marins dans la bagarre :

Pour les équipages des aides directes sur les salaires, via le Cnasea, une aide définitive pour compenser le prix du GO à 0.40€. Le salaire minimum de 1280€ sera obligatoire à compter de la mi juin.
Pour les armements exonérations des charges patronales à hauteur de 70% pour les chalutiers, 50% pour les autres. Doublement des aides directes, "les minimis". Diminution des taxes portuaires. Mise en place rapide des contrats gris et bleus.
Avec le salaire minimum c'est donc un pas de plus vers une disparition du salaire à la part si important pour la pêche artisanale. Malheureusement, c'est encore l'Enim qui fait les frais de ces aides. Pourra-t-on encore prétendre à des retraites après toutes ces exonérations ?
Avec l'européanisation du problème GO, on va peut-être vers une solution inter états. Voilà une bonne nouvelle avec en prime plus de transparence sur la politique de chaque état membre. L'occasion pour les professionnels de la pêche de confronter leur expérience.

Un Grenelle de la Pêche :

Certains réclament et je les soutiens un Grenelle de la Pêche. Le moment est venu de réfléchir à l'avenir.
Il existe des solutions pour que ce métier continue. Des progrès techniques sont possibles, sur les moteurs, les carènes et surtout le train de pêche et la façon de pêcher.
La pêche productiviste des années 80 c'est terminé. Pas assez de ressources avec des couts de productions trop élevés. Qui peut raisonnablement prétendre aujourd'hui rentabiliser un chalutier gourmand en énergie ? Financer un tel bateau, c'est comme acheter une superbe voiture sans avoir encore de l'argent pour faire le plein, c'est envoyer au casse pipe et dégouter à jamais des jeunes. C'est pourtant ce qu'on a fait à grands renforts de Sofipeche, augementé artificiellement le prix des bateaux.
Les pêcheries de langoustines avec des efforts sur la sélectivité, la coquille avec la gestion toujours plus pointues sur la ressource, la modernisation des bateaux qui nécessitent maintenant des équipages moins nombreux, l'aménagement des règlementations, par exemple la suppression de ces stupides quotas à l'homme à la csj qui obligent à embarquer des hommes supplémentaires pour arriver à un chiffre d'affaire correcte. Le "Pêcher moins , Gagner plus" du CRPBN va reprendre du service. Voilà des pistes pour rénover la façon de travailler. Sur le cabillaud par exemple, au mois d'octobre, alors que ce poisson descend à la côte, la pêche sera fermée interdisant cette ressource aux petites unités. Vive les quotas individuels !

La Pêche vivra !

Le gasoil va nous obliger à repenser notre façon de travailler. Moins d'heures, mieux cibler, mieux valoriser, diminuer les frais, raccourcir les circuits, normaliser les mises en vente. Dans tous les ports les idées fusent pour trouver des solutions. La Pêche vivra !

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