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Cacophonie à tous les étages !



Franchement je n'y comprends plus rien. La question est de savoir que va devenir la pêche. Coincée entre les problèmes de GO, de ressources, de pressions des environnementalistes et des industriels de tout poils et véreux comme on les imagine, la Pêche cherche sa place et un avenir, pas simple !

Le problème du GO est à la Pêche, ce que les "subprimes" sont au capitalisme, un révélateur des limites, des dérives, des points faibles et du laxisme ravageur des 30 dernières années au nom de l'économie libérale et des préoccupations électoralistes.

Alors depuis la grève, se sont entassés annonces, contre annonces et effets d'annonces, dispositifs d'aide multiples et plan de sortie de flotte. Le problème Pêche a été traité par le Gouvernement et dans les médias, comme tous les sujets, à l'emporte pièce, à chaud, sans vraiment savoir où l'on va. On lance des mesures à coup de M€ et on passe à autres choses. Après charge aux administrations et services préfectoraux de se débrouiller…
Exit les rapports et audits, Bolopion, Tanguy, Roncière et les 15 mesures du Ministre Barnier.



Quoi de neuf depuis la fin de la grève ?

Si certains pensent que maintenant les pêcheurs ne payent plus leur GO, ils se trompent. A la pompe c'est toujours plein pot, 0.70€ soit le double d'il ya 2 ans ! Situation dramatique pour les hauturiers qui consomment jusqu'à 2000 l par jour.

Les mesures effectives se résument à l'aide directe aux marins. Chaque marin perçoit directement une aide en fonction de la consommation du bateau qui ramène le prix du GO à 0.40€. Ceci est loin d'être négligeable, toujours pour un hauturier cela peut représenter 1000€ par mois et pour un patron qui prend 2 lots on passe à 2000€. Peut-on vraiment pérenniser ce système ? Le pêcheur devient donc petit à petit un agriculteur entièrement dépendant des subventions et qui sera bientôt obligé de faire allégeance par l'intermédiaire des ses représentants à ses généreux donateurs.

Les contrats bleus sont sensés indemniser les efforts faits par les professionnels pour améliorer les conditions d'exploitation au-delà des règlements en vigueur (engins, taille marchande, temps de pêche,….) pour l'instant seuls les hauturiers peuvent bénéficier de ces aides, mais le chiffrage restent obscures. Les indemnisations pour ramener à terre des déchets, c'est du foutage de gueule ! Les contrats gris pour collaborer avec la Marine Nationale, pas d'info…Vu le démantèlement de la Marine, on va armer les chalutiers pour les envoyer en Somalie.
Quand au passage obligatoire en criée, à la réforme des structures, à l'interprofession, etc…, aux oubliettes. Des élections sont prévues pour janvier, il était temps, place aux jeunes ! Mais aucun changement on recommence avec les mêmes règles et leurs limites. Représentation collégiale bâclée, absence des matelots, des femmes de marin, baronnies tous les 40 km de littoral, structures sans moyen. Dans des ports exsangues, avec un désarroi palpable, qui va vouloir s'engager auprès des professionnels pour tenter de défendre les intérêts collectifs, qui ?




Quoi de neuf pour la sainte coquille ?

La coquille, elle, aussi a droit à son lot d'inepties. Cet été branle-bas, voilà que l'Europe, dans un souci d'efficacité, veut simplifier les règlements communautaires, bon idée…. La coquille a deux tailles marchandes, une pour la Manche Est 11 cm et une pour la Manche Ouest de 10.2 cm et aussi pour les autres gisements atlantiques, sauf certains gisements classés. Ces tailles marchandes correspondent pour une fois à une réalité biologique, contrairement aux poissons où beaucoup de taille marchande n'ont strictement rien à voir avec les tailles de maturité biologique. Horreurs, malheurs, voilà nos technocrates zélés bien mal inspirés par des industriels écossais très certainement qui veulent piocher comme bon leur semble dans tous les gisements. Seulement en Manche Est, une csj de 10 cm c'est une coquille de 1 ½ an qui 'a pas encore reproduit. Donc si on se prend d'idée de pêcher ces csj, l'année d'après il n'y aura plus de reproducteur. Espérons qu'Ifremer vole à notre secours pour étayer un dossier afin de stopper ces inconscients.

Cet été Ofimer nous a présenté les résultats de la campagne 2007/2008. On s'en fout…Cela fait plusieurs années que l'on nous transmet uniquement les productions vendues en criée. Hors criée pas de chiffre, notes de vente (prix et pesée au moment de la transaction) ne sont pas saisies ou transmises, les déclarations avec les journaux de bord n'ont plus, les fichiers ne sont pas recoupés. Bref on est toujours dans des estimations folkloriques tout compte le marché de la coquille. Coté Manche est on estime à au moins 60% les csj vendues "en direct". Dans ces conditions les criées ne peuvent plus être la référence en termes de prix. C'est "la spirale à la baisse". Le "direct" tire toujours le marché vers le bas avec comme seul point de repère le prix de retrait.





Le 2ème cafouillage est venu de la Bretagne. Alors que la commission coquillage du CNPEM avait intelligemment fixé l'ouverture dans la délibération nationale au 1er lundi d'octobre, alors que la commission interrégionale avait donc fixé la date d'ouverture en Manche Est au lundi 6/10, un hurluberlu breton a demandé à revoir les règles du jeu en cours de partie ! Inadmissible ! Mais le CNPEM a donné écho à sa requête et en 15 jours l'arrêté ministériel a été modifié. Rendez vous compte cela tombait mal, le lundi on perdait 6 jours sur 8 mois de campagne…Quand le 1er tombera un vendredi, on repassera 2 mois à tergiversait sur la date d'ouverture… La coquille a donc ouvert en Manche Ouest le 1er octobre avec des méventes instantanées et "un prix peu élevé" 1.85, c'est le prix de retrait…

En Normandie on commencera le 6/10, trop tôt comme d'hab. pour le Proche Extérieur, avec aussi des problèmes de vente si le mauvais temps ne vient pas réguler les apports. Le Proche Extérieur c'est grosso modo la bande des 20 Mn de la Baie de Seine, c'est la même entité biologique que le gisement classé de Baie de Seine. Sur cette zone, avec un suivi depuis plus de 20 ans au travers des campagnes Comor d'Ifremer, on s'est où on va et ce qu'il faudrait arriver à faire pour améliorer la pêche. On a aussi sous le coude le fameux audit de commercialisation de MC Monfort pour mettre en adéquation pêche et marché. Alors, on entendra encore souvent, "de la csj en Baie de Seine il en a toujours eu, il y en aura toujours, un coup bien, un coup mal", les prix bas c'est à cause de l'import, on est trop con pour laisser entrer n'importe quoi…"

Encore loupée l'occasion de faire un box Barfleur Antifer, de mettre une balise de suivi dans les bateaux pour éviter les tentations et réguler efficacement le temps de pêche, de faire sauter ces quotas à l'homme "anti économique" et incontrôlable, de contrôler et limiter les points de débarque…. Vous comprenez c'est la crise et bientôt les élections, alors pas de bruit, pas de vague. On va pêcher de la coquille à 2.36, décision OPBN transmise dans le laconique courrier de début de saison, pas de réunion, pas de discussion. On nous prévient dans un style télégraphique " Risques de difficultés de marché : Principalement octobre à l'Est : risque de gros volumes durant les 1ers jours, tenue limité du produit". Alors que la base, les pêcheurs, réclamaient des horaires et une régulation, on a laissé la pêche productiviste prendre l'ascendant. "Derrière chaque bateau, il y a un banquier" dixit le président du CNPEM.

Pourtant avec un GO qui a pris 50% en 1 an, avec les "couteaux" qu'on met sur les dragues et qu'il faut changer tout les jours qui sont passés de 12 à 15€, les pêcheurs auraient bien mérité une taxe GO à ajouter au prix de criée pour compenser ces insoutenables augmentations des couts de fonctionnement. Les transporteurs le font, les compagnies aériennes, etc. 2.35 + 0.45€ pour le GO, 2.80 en criée, au XXI siècle, en 2008, alors qu'elles étaient à 18F50 il y a 20 ans, cela ne serait que justice, non ?

Le scénario est le même tous les ans, avec les mêmes faiblesses, mais on rejoue malheureusement la partie avec les mêmes règles du jeu, même s'il y a toujours un peu moins de joueurs.




Quoi de neuf pour nos structures ?

L'OPBN s'est partiellement séparée de son bras armé Copéport Marée qui devient Copéport Marée Scop. On nous jure la tête sur le billot que maintenant elle travaille comme un mareyeur indépendant. Ce qui n'est pas vrai, puisque son président est l'actuel directeur financier de l'OPBN. Lors de l'AG on nous présente un bilan équilibré pour l'année de transition 2007. Section OP +107 322€, section Commercialisation – 98 508 et voilà un résultat excédentaire…L'argent vient des cotisations des producteurs. Le fameux "effort mutualisé" d'autant plus remarquable sur cet exercice, que sur les 58,5 M€ e CA des adhérents OPBN, plus de 30M€ proviennent uniquement des productions de pêche côtière.
Les 5 premières espèces du palmarès sont d'ailleurs très représentatives :
1. CSJ ME 8.4 M€
2. Seiche 5.9
3. Bulot 5.7
4. Sole 3.9
5. CSJ MW 3.4
L'OPBN devient donc une OP de pêche côtière et ceci dès l'exercice 2007. En 2008, avec les sorties de flotte qui on durement touché la pêche au large, on verra cette situation s'accentuer encore plus.

La Scop joue un jeu trouble, elle achète en direct à des côtiers. C'est inadmissible. Comment une structure, qui a pour responsables des cadres de Copéport et qui fonctionne toujours avec l'appui d'une l'OP, peut accepter de faire des achats hors criée ? Alors que les criées sont affaiblies elles aussi par le plan de sortie de flotte. Avec 3 bateaux de moins Cherbourg annonce 1500T de moins, Port en Bessin perd 6 bateaux, le budget vont être impossible à équilibrer.

Sur le difficile sujet du cabillaud, no comment ou presque ! On est en Manche Est sous le coup d'un plan de restauration du cabillaud et miracle ou hasard nous voilà envahi par le "cochon des mers". Certains nous parle du cycle des 10 ans, j'avais déjà à ce sujet écrit quelques réflexions…

Je trouve navrant de lire en 1ère page du marin que les nordistes vont pêcher le 300-500g ! "Parce qu'ils n'ont plus que ça à pêcher", et bien comme ça après ils n'y aura plus rien, ce qui ne résoudra certainement pas leur problème. Un "quota social", faire vivre une flottille en tapant dans des juvéniles, des "bébés poissons". Il faut donner des indemnités à ces pêcheurs pour rester à quai comme pour l'anchois, mais qu'on arrête ce massacre. Comment au regard de ces pratiques peut-on encore avoir le culot de parler de pêche responsable et durable ?

A l'OPBN, on a mis en place une mesure de limitation pas plus de 150 Kg de cabillaud par semaine et interdiction de la taille 5 (le plus petit). Qu'est-ce que vous voulez que fasse un côtier avec ça ! Un peu plus loin on dit que si l'on a plus d'1T on doit prévenir avant toute entrée au port. Alors moi qui n'ait pas péché un cabillaud de la saison, qui aurait pu, au lieu de d'aller à la coquille pour engorger le marché, rester au poisson, je ne peux pas. Qu'on en vienne aux quotas individuels, et qu'on arrête ces simulacres de gestion ! Dans le marin on avait pu lire qu'unanimement, à travers le CNPEM, la profession avait rejeté la notion de quota individuel transférable. On mesure là le clivage entre la base, ses représentants et ce qu'il se passe en mer. Beaucoup sur les quais sont favorables aux QIT, la seule crainte est de voir ces QIT devenir une valeur marchande.

Commentaires

1. Le dimanche 5 octobre 2008, 22:22 par Dino

Bonsoir Dimitri,

c'est vrai que nous français lamda, nous avons bien du mal à savoir ce qui est bien à la fois pour les pêcheurs et pour la ressource......
Aussi comme d'habitude je pense que le mieux est encore de donner le plus possible d'audience à ce que tu écris, car depuis des années et des années......je remarque qu'en gros tout ce que tu as écrit a été vrai.....ben oui.
alors que je sais que manger-la-mer.org est à la fois lu par des non pêcheurs et par des pêcheurs, je me dis que relayer l'information c'est encore le meilleur moyen pour que tout le monde soit au courant !
bien amicalement à toi
Alain

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