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Est-on en train d'écrire l'acte de décès de la coquille Saint Jacques ?

Dessin aquarelé de Charles Péan

Faisons un bilan de la saison de coquille, il est "grand temps". Le début de saison a connu, le problème récurrent de la surproduction d'une coquille blanche qui ne trouve pas preneur sur le marché. La saison de Baie de Seine s'est déroulée sans coup d'éclat. Encore une fois la « grosse » coquille de plus de 13 cm, surtout identifiée en Label Rouge, a démontré tout l'intérêt d'une politique forte en faveur d'un reliquat permettant de travailler sur plusieurs classes d'âge. On se plait même à rêver de faire un tri de plus de 15 cm avec de " la 4 ans"...
L'arrière saison dans le Large a connu les problèmes de l'année dernière, surproduction et destruction ! Si la régulation par les quotas individuels à l'homme a, à nouveau, montré son inefficacité, la gestion par le temps de pêche s'est avérée plus performante. Mais « le garde fou » a encore ses défenseurs. Pourtant, avec l'abandon de ces sacro-saints quotas, on irait vers une flottille plus performante, avec des patrons plus soucieux de valoriser leur pêche que d'atteindre un objectif en poids et enfin, vers un marché transparent. En plus, le suivi des bateaux par le VMS a été voté au CNPEM, il devrait, mais restons prudent, être opérationnel en octobre 2010. Cela ouvre de grandes possibilités en matière de gestion de cette pêche. Le phantasme de criées engorgées par des bateaux débordant de coquille hante l'esprit des responsables.
A ceux-là, je réponds, ayez de l'audace et de l'imagination !




Où l'on apprend que les morues ont disparu

Le cabillaud, c'est comme la grippe AH1N1, on en a beaucoup parlé, mais on n'en parle plus. Deux solutions, soit ils sont partis vers d'autres mers, soit le pêcheur a tout pris. A cette question je répondrai les 2 mon capitaine! Notre Roseline; à nous; s'appelle Pierre Georges. J'avais dénoncé en temps utile les insultes qu'il avait prononcées à l'encontre de ce beau gadidé. Tel Nostradamus, il nous avait prédit que « ce cochon des mers » allait tout décimer y compris nos coquilles. Et bien, après 2 belles cohortes de cabillaud de bonne taille observées en 2008 et 2009, on a noté une très bonne abondance de coquilles Saint Jacques dans le Large et une avalanche d'encornet, "comme on en avait jamais vu de mémoire de pêcheurs".
Pourtant l'encornet est la nourriture naturelle des cabillauds...

La Campagne de coquille Saint Jacques 2009/2010 en 3 actes

Acte I où l'on apprend que dans chaque port on mettra une balance...
Après notre déplacement à Varennes, grand ramdam aux Affaires Maritimes. La loi sera respectée, tout produit débarqué doit être dûment pesé et enregistré, pour les ventes de gré à gré une note doit être faite stipulant le prix et poids de la transaction. Un arrêté est donc signé, la date de mise en application est le 31/12/009. Rien de bien nouveau donc sous les neiges hivernales, « le passage obligatoire en criée » est passé à la trappe. C'est aux Affmars de Caen, dit "l'abri à cochon", devant une belle brochette d'élus incrédules et âgés que l'Administrateur du Quartier a remis sa copie. Depuis que s'est-il passé de concret, rien...Ah si, des demandes de dérogations jusqu'à l'automne 2010 commence à arriver.



Acte II où l'on reparle de destruction...
Après les fêtes, la crise ! Le commerce a alors connu un gros coup de mou, ajouté à une "bordée de beau temps", et bis repetita, nous voilà en surproduction. La coquille reste sur les quais, la coquille est bradée à moins d'1€50, la coquille part à la poubelle, 12T partent en HN à la destruction. Scandaleux !
La régulation par les quotas ne fonctionne pas. Alors que certains voudraient mettre un flic dans chaque bateau, on s'aperçoit quand Haute Normandie qu'il n'y a pas d'Ulam, Unité Littorale des Affaires Maritimes, donc pas de contrôles. C'est en BN et sous les criées que se concentrent les contrôles. On nous enquiquine pour quelques bacs de trop, alors que 150 km plus loin sur les ports c'est la gabegie. Des décisions fortes sont prises, fermetures des weekends, fermetures de jours de pêche en semaine. On se retrouve avec 2 fois 24h de pêche au Large, 2 fois 10h sur le gisement classé. On ne peut même plus faire nos 4OH/semaine, alors que le produit identifié en Label Rouge se vend bien. Travailler moins pour gagner moins !

Photo René Fatras

Acte III, où le Comité national tente le putsch…
Devant un tel bordel, notre bon président ne pouvait pas rester sans rien faire, c'est son côté Sarko. « Vous avez un problème de quotas, on va s'en occuper des quotas » Je ne sais plus lequel des 2 d'ailleurs qui avait prononcé ces paroles lourdes de sens...Mais cette réplique célèbre, je sais, « Derrière chaque bateau il y a un banquier », moi j'y avait vu un chalut, un filet, une palangre, voir une drague...Mais il est vrai qu'administrateur au Crédit Maritime je ne suis pas !
Nous voilà donc convoqués, sonnés comme des valets, à Paris, au CNPEM. Ordre du jour revoir la réglementation coquille et prendre des décisions immédiates. Daniel Lefèvre me dit avoir quitté la réunion avant la fin, « Ça dégénérait complètement ».
Tout a commencé avec cette vraie fausse bonne idée et même si Mme Bigot de la DPMA l'a trouvée novatrice, elle est le symbole d'une erreur, la pêche estivale. Le président de la Commission Nationale Coquillage pense que l'été, les pêcheurs de coquilles qui s'abstiennent de travailleur de mai à septembre, perdent des marchés au profit des écossais. On nous demande donc d'expérimenter une pêche estivale pour un marché de frais décortiqué pour concurrencer les écossais qui livrent de la noix rendues en France à moins de 12€/Kg. Le M. de la CME dit que c'est pour congeler, les transformateurs eux n'en veulent pas. En fait ce serait une fuite en avant. Lâcher tout, prix et quotas pour satisfaire les quelques hauturiers productivistes opérant sur la csj. Paul s'est pris les pieds dans le tapis en tentant de nous expliquer que cela se ferait à effort constant, comprenez ce qui est pêché l'été serait déduit l'hiver. Les bretons de Celtarmor ont vivement critiqué cette idée.
Nous voilà donc revenu au point de départ, mais l'offensive n'est pas terminée.
Contrôler efficace débarquements et effort de pêche serait largement suffisant pour permettre aux producteurs d'assurer de bonnes campagnes de csj. Nous avons les outils pour le faire, VMS et débarquement obligatoire en criée. La France produit à peine 1/5e de ce qu'elle consomme.
Valoriser ces csj est un devoir, et là les atouts sont pour nous, circuits courts, marché franco-français, image haut de gamme du produit, segmentation du marche et le Label Rouge !
A suivre !...


Où l'on apprend que la sardine est aromatisée au PCB : c'est quoi ça ?

3 marins russes morts d'une intoxication alimentaire, ils avaient mangés des sardines pêchées en Baie de Seine..., c'est une mauvaise blague. N'empêche que la pêche à la sardine est bien interdite, à cause de taux de PCB trop élevé.
Le PCB est un produit particulièrement stable et très nocif. une pollution d'origine industriel provenant des transfo d'EDF.. D'où la très bonne idée de certains de mettre en application la doctrine du polluer/payeur.
On sait que l'estuaire de la Seine n'est pas un modèle de vertu en matière d'écologie, les problèmes de polluants chimiques et de métaux lourds y sont récurrents. L'important est de bien définir les seuils admissibles en rapport avec la nocivité des contaminants, la consommation des produits de la mer et le fameux ratio bénéfice/risques. Le problème dans cette affaire, c'est que l'interdiction nous est tombé dessus sans que nous ne soyons prévenu, sans que nous n'ayons eu le temps de savoir ce que s'était que ces PCB. La conférence de presse était même commencée avant que les arrêtes d'interdiction soient signés ! La nouvelle s'est propagée comme une trainée de poudre sur Internet et dans les médias traditionnels. Grâce à mes infatigables sentinelles qui explorent la Toile, merci Google, je suis tombé sur un site des plus sérieux où un journaliste trouvait surprenant que cette interdiction arrive en fin de saison de coquille et propose aux lecteurs qui avaient mangé le précieux mollusques d'aller se faire décontaminer...Qu'on se rassure AFSSA est formelle, rien dans la coquille !
Dormez braves gens...




Où l'on voit qu'au Seafood Summit 2010, Paris sera toujours Paris....

C'est dans cette ambiance plutôt morose que je me suis rendu à la capitale au Sommet de l'Alliance pour les Produits de la Mer. Initialement, c'était prévu à Reykjavík mais la crise islandaise en a dissuadé les organisateurs anglo-saxons. L'année prochaine c'est à Vancouver. Je sais on s'en fout, mais perso cela me fait une petite sortie annuelle et découvrir du pays.;o))
A Paris j'ai découvert que le "green washing" était de rigueur à tous les étages, y compris le poisson des pays émergent qu'on va pouvoir manger en toute bonne conscience, qu'importe que cela se fasse au détriment des populations locales, qu'importe qu'on l'expédie par avion, il est ou sera éco-labellisé ! Et la filière française n'est pas en reste. Le Groupe Carrefour comme les autres n'a qu'un slogan "plus éco-responsable que moi tu meurs" ! D'ailleurs la grosse tendance franchouillarde est de tout mélanger, qualité et durabilité, pour le même prix on vous fait un packaging. Vous consommerez du poisson éco-responsable de filière courte, locale, garanti de petite pêche de moins de 48 H, provenant de la Filière Pèche Française, d'un Pêcheur Responsable, avec un peu de chance il portera un pin's pêcheur ou criée attestant de sa qualité supérieure, un pin's du mareyeur attestant qu'il l'a choisi pour vous et un pins bleu MSC du distributeur vous garantissant qu'il provient d'une pêcherie durable.
Je vous l'avais dit, nos poissons finiront décorés comme des généraux russes !

Commentaires

1. Le lundi 20 septembre 2010, 14:49 par Claire

Pour répondre au titre : j'espère que non ! Article intéressant en tout cas.

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