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De la pêche estivale vers la disparition de la flottille artisanale normande.

Cela fait un bon moment que je vois passer dans ma boîte mail pas mal d’inepties à propos de la csj, mais là, trop c’est trop, je me dois de réagir…

L'idée d'ouvrir la pêche l'été n'est pas nouvelle, mais récente. C'est tout d'abord Paul Françoise Président de la Commission Nationale Coquillages qui nous avait surpris en proposant cela, au débotté, dans les locaux de FAM. Mme Cécile Bigot, présente, s'était écriée "En voilà une bonne nouvelle idée".
Autant vous dire que sur les quais les réactions furent vives et houleuses !
La Commission Nationale a par 2 fois refusé cette proposition, y compris en consultant les transformateurs.
Maintenant, au CNPEM, c'est le directeur, qui s'y met et qui veut "changer le mode de gestion de la CSJ". Lui, qui a le savoir acquis, se pose en expert, s’érige en grand économiste et se fait le chantre d’une politique libérale. Les pêcheurs, qui n’ont qu’un savoir inné, « ces bons sauvages », évidemment, ne connaissent rien de cette science et donc, n'ont rien compris. On est bien loin de l’image du pêcheur, "ingénieur des mers", chère au président Romiti.



Alors voilà, la messe est dite, c’est donc le Marché qui doit commander l’exploitation et la gestion de cette ressource naturelle et sédentaire.
Au passage, on passe à la trappe les 2 audits financés par FAM.
Devrais-je aussi rappeler les décisions prises en Commission Nationale Coquillages ? Ou doit-on s’assoir dessus ? Dois-je lui rappeler qu’il n’est pas mandaté pour ça ?

Il y a 150 bateaux de 12/14m en Basse Normandie qui dépendent essentiellement de la coquille, auxquels j’associe volontiers 50 Hauts Normands. Cette espèce est aussi la 1ère en valeur. Très, majoritairement nous refusons la pêche estivale, considérée comme une fuite en avant destructrice.
Nous refusons également les diktats parisiens et pensons que la voix des pêcheurs artisans bas-normands doit être entendue et respectée au sein du CNPEM !
Nous refusons le modèle économique industriel anglais dans lequel nous précipiterait une pêche d'été sur ce bivalve emblématique.

Autoriser la pêche estivale, c'est mettre un coup d'arrêt aux négociations difficiles que nous avons avec les britanniques. Les atermoiements au niveau national peuvent laisser à penser qu'au CNPEM on ne vaut pas d'un accord. Le blocage de notre demande d'un box communautaire auprès de la CEE, sous la ligne Barfleur/Antifer, est aussi un exemple significatif.

Évidement chacun aura compris qu’il est plus facile de dire "Allez pêcher l’été !" plutôt que d’aller ferrailler et de signifier aux sujets de sa Gracieuse Majesté, "Mrs les Anglais vous ne pêcherez pas « les joyaux de la couronne », les 1ers ".



Revenir sur l’arrêté ministériel, qui interdit la pêche de la csj l’été, c’est ouvrir la boite de Pandore qui va directement nous mener à la dérégulation du marché de la csj et à la disparition de la flottille de côtière.
On l’a très bien vu cet hiver avec l’exploitation, au profit de quelques industriels de la transformation, des zones de décorticage. Prix de la csj, 1€50, moins cher que le bulot… ! Tonnages débarqués, pas de chiffre ? Comment faire vivre 200 bateaux avec des prix si bas ?

Que nos amis bretons ne se méprennent pas, le développement hypothétique d’une pêche l’été aura des conséquences désastreuses sur le marché et remettra très rapidement en cause le modèle économique nord breton. Quand la Manche Est sera mise à blanc par une exploitation 12 mois sur 12, l’effort de pêche se fera en Manche Ouest.

Les rapports d’Ifremer à travers 30 ans de campagne Comor, financés par les bas normands, rappellent systématiquement la fragilité du gisement du Proche Extérieur. L’exploitation sur une seule classe d’âge, qui crée des pics de production, est aussi néfaste pour la gestion de cette ressource que pour sa mise en marché. L'abondance de cette saison est historique, pourtant chacun fait comme si cela devait se répéter tous les ans.



Regardez les écossais, des gros bateaux, de 30m et plus, armés par des usines, des patrons salariés, des équipages "d’importation ", absence totale de régulation des apports, "liberté de cambuse", au passage quelques soupçons d’esclavagisme (cf le marin, un journal extrémiste ?), voilà donc une belle économie, c’est ça qu’on nous propose ?

Le Marché, demandeur, devrait donc prendre le pas sur la gestion et la valorisation de la ressource ? Parler de pêche durable et responsable, mais voyons le marché n’en a que faire. Le travail fait en région, le tissu économique local, les signes officiels de qualité, le respect de la saisonnalité, les circuits courts, le « locavore », des broutilles !

La consommation nationale des pectinidés, c’est environ 150 000 T, la pêche française produit seulement 20 000 T.
Doit-on dilapider nos csj en pêchant l’été ?
Doit-on se mettre en concurrence avec les csj "low cost" britanniques, entre 1€50 et 1€30, glacées en cale pendant 5 jours, décortiquées, trempées et accolées d'une DLC de 15 jours minimum et tous les autres succédanés d’importations ?
Ne peut-on pas dédier notre production minoritaire et de grande qualité au marché haut de gamme ?
Le Marché veut de la coquille l’été, même si la gonade hypertrophiée, 4 fois plus grosses que la noix sera jetée ?
Qu’importe le cycle de reproduction ?
Qu’importe le prix, on devrait aller pêcher ?
Au sein de la Commission Manche/Mer du Nord, j'ai émis l'idée de déposer une "motion" auprès de la CEE pour réserver la Manche Est aux seuls artisans et y bannir toutes formes de pêches industrielles. Tout le monde était d'accord. Alors que la CNPEM se fasse le porte-parole de ses ressortissants !
On peut parfois se demander si quelque part n’existe pas la volonté de brader toute la Manche Est au profit des industriels de la pêche, des granulats, des marchands de vent, de boues et de l’indispensable contrepartie écologique à travers le lobby des AMP…
La sincérité affligeante avec laquelle, la main sur le cœur, tous ces gens nous affirment que tout cela se fera au bénéfice des pêcheurs, qu’ils y trouveront leur compte, me hérisse le poil.



Alors Mrs les chantres de la politique ultra-libérale, à tous les artisans de Manche Est, étaplois, qui n’ont pas été capables de faire des grands senneurs, normands qui refusent d’investir dans des 30 m pour la coquille, maquereautiers de Trouville qui regardent impuissant "le plus grand chalutiers du monde" siphonner leur ressource estivale, fileyeurs de Dieppe et Fécamp qui cèdent du terrain continuellement aux beam-trawlers de 2000CV, vous expliquerez donc à tous ces pêcheurs qu’il n’y a que 2 solutions, le plan de sortie de flotte ou le modèle industriel.

Et bien non, nous pêcheurs artisans côtiers, refusons le "darwinisme économique". Et, nous entendons que le CNPEM nous soutienne dans cette action en respectant notre choix d'un modèle économique artisanal, garant des ressources et de la pérennité des communautés littorales.

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